Un positionnement de psy difficile à m’approprier
Déjà durant mes études de psychologie, j’ai manqué de transmissions concernant la dimension humaine et compassionnelle que je cherchais, inconsciemment sans doute, en m’orientant dans cette voie. Les profs enseignaient beaucoup de théories, de résultats de recherche, depuis une position académique distante et souvent froide, devant un auditoire de 432 étudiant·e·s en première année.
La formation universitaire de psychologue ne se donne pas la mission d’apprendre aux étudiant·e·s à devenir un·e psychothérapeute, un·e accompagnant·e dans la relation d’aide, mais a pour objectif de donner à comprendre et à décortiquer la psyché humaine selon un paradigme scientifique essentiellement, pour ne pas dire exclusivement, matérialiste.

J’ai toujours ressenti les limitations de ce parti pris d’analyse d’un système vivant pourtant éminemment complexe qu’est l’Être Humain, doté d’un coeur capable d’aimer, d’un corps et d’un cerveau encore en grande partie incompris, et traversé par « une » conscience mystérieuse.
Ma formation en thérapie systémique n’a pas davantage comblé mon besoin de partir d’un angle de vue élargi pour appréhender l’Humain en relation, non plus mon besoin de plus en plus conscient et pressant de prise en considération, au sein de la relation thérapeutique, de l’espace de la sensibilité du coeur, authentique, aimant, ni mes attentes de favoriser la rencontre du Sacré en soi et en l’autre.

Le mondes des psys ?
Le monde des psys me paraissait arrogant, toujours distant des patients, et pourtant, j’étais persuadée que la position de sachant·e de la part d’un·e thérapeute n’aide pas l’accompagné·e, et certainement pas à lui rendre son pouvoir, sa confiance, son autonomie.
Ce qui répare et guérit, ce n’est pas la sacro-sainte « neutralité bienveillante » telle qu’elle m’a été enseignée à la fac, mais c’est la rencontre vraie et authentique qui touche le coeur et qui ne peut se faire que lorsque le thérapeute est pleinement présent, dans son « Self », comme le nomme l’IFS (note : Internal Family Systems, une approche thérapeutique que j’explicite plus loin dans l’article), et pas dans sa tête, coupé de ses ressentis, « détaché », « dissocié », « déconnecté », ou dans un « faux-self » qui protège la sensibilité et la voix humaine intrinsèquement subjectives.
Mes nourritures sur mon chemin de thérapeute accompagnante
Chemin faisant, j’ai nourri mes aspirations grâce à des rencontres et des enseignants magnifiques où ce lien au Sacré, à la Conscience et à l’Amour étaient centraux. J’ai aussi rencontré la kinésiologie et des pratiques énergétiques qui m’ont permis d’ouvrir mon monde de psychologue à d’autres aspects que le pur mental, la pure réflexion. J’ai compris viscéralement que l’Être Humain est beaucoup plus qu’une tête pensante, que le corps physique et ses dimensions énergétiques plus subtiles étaient aussi des portes d’entrée pour établir un mieux-être et parfois même des guérisons psychiques, voire physiques.
Et surtout, je l’ai expérimenté. J’ai consacré, et je consacre toujours, énormément de temps pour me rencontrer intérieurement. J’ai grandi et guéri grâce à de nombreuses voies thérapeutiques, de tous bords, et grâce aussi à une quête spirituelle, qui m’ont permis de cheminer vers moi-même, vers plus de vérité, de paix, d’expression authentique.
Et au cours de cette traversée, de ce voyage intérieur mêlé de travail sur moi, de transformations et de formations, je me suis sentie de moins en moins psy et de plus en plus accompagnante … sans qualificatif derrière le mot …

Un retour dans le monde des psys, mais 2.0 !
La Théorie Polyvagale ou TPV
Et puis, en 2022, est arrivée dans ma vie la Théorie Polyvagale ou TPV. Ce fut le premier pas vers une compréhension intime que notre Être tout entier est grandement dépendant de la façon dont notre système nerveux autonome s’est câblé depuis notre enfance, voire depuis notre conception et peut-être même avant si l’on se réfère aux transmissions transgénérationnelles aujourd’hui étudiées par certains chercheurs !
La Théorie Polyvagale éclaire combien les blessures de vie, les traumas, les façons dont nous avons développé l’attachement à nos figures parentales, ont totalement influencé notre vision de la vie, la régulation de nos émotions, notre relation à nous-mêmes, aux autres et à notre environnement !
La Théorie Polyvagale dépathologise énormément, détend, déculpabilise et permet de voir combien nos souffrances « ne sont pas de notre faute ». Ce n’est pas parce que je manque de volonté, de motivation, de force, que je ne parviens pas à aller mieux ou à abandonner mes symptômes. C’est ma physiologie profonde qui réagit avant même que mon cortex préfrontal, cette partie du cerveau qui fait de nous des êtres pensants, ne soit activé. Notre responsabilité réside alors dans le fait de prendre en main notre système nerveux pour l’aider à se recalibrer autrement… La TPV propose diverses pratiques qui vont dans ce sens.
La Théorie Polyvagale est la science qui consiste
Deb Dana
à se sentir suffisamment en sécurité
pour tomber amoureux de la vie
et prendre le risque de vivre.
L’Internal Family Systems ou IFS
En suite logique, est venue dans mon champ de conscience, l’Internal Family Systems, le système familial intérieur ! J’en avais déjà entendu parlé à plusieurs reprises. J’avais même un peu exploré le sujet, mais sans m’y intéresser davantage. Ce n’était tout simplement pas le bon moment pour moi. En 2024, j’ai su que c’était l’outil qui allait me permettre de redevenir une psy, mais une psy 2.0 🙂
Je voulais me former sérieusement dans le domaine de la psychotraumatologie car j’ai perçu comme une évidence, que la prise en compte des traumatismes étaient une clé indispensable à la guérison psycho-émotionnelle et même physique comme l’exprime très bien Gabor Maté dans son livre « Quand le corps dit non » et dans son dernier ouvrage « Le Mythe de la Normalité ». J’avais déjà des outils me permettant d’accéder aux traumatismes et de les libérer, mais je sentais qu’il me manquait un liant pour aborder de façon fluide et efficace l’intégration des traumatismes avec les « cheminantes » !
L’Internal Family Systems m’a permis de relier, au sein d’un même modèle, tous les fils que j’avais tiré jusqu’ici. J’avais appris la « théorie » et les concepts grâce à mes différentes explorations et j’avais déjà éprouvé de l’intérieur les guérisons possibles dans différents contextes qui n’appartenaient pas formellement au monde de l’IFS.
L’IFS regroupaient toutes les expérimentations chères à mon coeur en un modèle éprouvé et me permettant d’être beaucoup plus pertinente et efficace dans mon cabinet de thérapie. Prenez un shaker (l’IFS), mettez-y tous les ingrédients et mélanger, le cocktail est savoureusement pertinent.
L’IFS est
Bessel van der kolk, psychiatre américain,
« une des thérapies du trauma
les plus révolutionnaires
de ces dernières décennies »
éminent spécialiste du psychotrauma
L’IFS est en effet une thérapie « evidence-based », ce qui signifie que cette modalité thérapeutique est reconnue par la communauté scientifique comme ayant fait l’objet de suffisamment de recherches pour être considérée comme efficace dans le traitement des traumatismes ! Tout comme l’EMDR…
Conclusion et ouverture
S’ouvrent actuellement des perspectives post-matérialistes, qui gagnent certaines universités, et je m’en réjouis.
Il me semble nécessaire, pour appréhender la richesse de l’Être Humain, de sortir d’un contenant étriqué qui ne peut prendre en considération qu’une infime partie de ce que nous sommes, nous les Êtres Humains, par souci scientifique, sans voir que ce qui est aujourd’hui appelé communément « science » est seulement et généralement un paradigme matérialiste, une perspective basée sur la matière et qui ne peut alors considérer la plupart de nos expériences, pourtant humaines, que comme extraordinaires, sortant de l’ordinaire-matière…
Corps – Tête – Coeur – Souffle de l’Esprit…
L’Internal Family Systems fait, de mon point de vue, partie des « thérapies post-matérialistes ». L’IFS englobe tous les aspects de l’Humain et apporte une vision particulièrement riche en prenant en compte la complexité du monde intérieur humain ainsi que de la reliance à un espace plus vaste que ce qu’on croit être ordinairement. À partir de ce modèle, nous pouvons également impliquer le corps et les expériences somatiques qui sont aussi à prendre en considération dans l’intégration des traumas.
L’IFS fait partie de ces nouvelles thérapies (tout comme la thérapie transpersonnelle), qui permet de sortir d’un système pour l’appréhender. Car comme le dit Einstein : « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ».
L’approche systémique avance le changement de type 2 qui demande de sortir du cadre, plutôt que de faire toujours plus de la même chose (changement de type 1).
Tourner en rond dans ce qu’on croit être, le petit moi, la personnalité, pour se libérer d’une souffrance liée au fait même d’être identifié·e, collé·e, amalgamé·e à sa personnalité, rencontre rapidement des limites…
Mais se rendre compte que nous sommes tellement plus vastes que ce que l’on croit être ordinairement, déplacer le regard et se positionner dans l’espace du Soi (comme le nomme l’IFS), avant les identifications, en observateur pleinement présent et bienveillant permet de rencontrer nos parts souffrantes et de les apaiser réellement.
J’aborderai en détails les apports de l’IFS dans le prochain article 🙂


J’accompagne les femmes à se souvenir de qui elles sont… à intégrer leurs psychotraumatismes afin de se déployer pleinement.
N’hésite pas à me contacter pour échanger à ce propos.