La Théorie Polyvagale ou TPV est une porte merveilleuse de compréhension de notre rapport au monde, à nous-même, aux autres. Elle nous permet de dépathologiser des ressentis, des attitudes et des comportements humains qui sont en fait des mécanismes d’adaptation intelligents du corps et du système nerveux. Elle permet d’appréhender l’état dans lequel nous nous sentons en sécurité, serein·e·s, confiant·e·s et aptes à agir dans le monde, de façon alignée à qui nous sommes… et d’y retourner lorsque ce qui est perçu comme un danger ou une menace disparaît. 

De l’état d’alerte à l’ancrage dans l’état de sécurité

Beaucoup d’émotions et de ressentis qui nous traversent au quotidien sont le résultat de passages dans des états de notre système nerveux qui est en alerte suite à un déclencheur interne ou un événement externe. Ainsi la colère, l’anxiété ou, a contrario, l’apathie, l’effondrement, le figement, sont des réactions du système nerveux se sentant en danger.

La Théorie Polyvagale offre des pistes de régulation lorsque notre système perçoit, ou continue de percevoir, des signaux de danger alors qu’il n’y a pas de risque pour notre survie, ni dans notre environnement ni dans notre corps. 

Réguler notre système nerveux permet donc de revenir dans la sécurité et s’y ancrer pour poser des actions dans le monde depuis cet espace secure. 

Comprendre comment notre système nerveux fonctionne grâce à la TPV est une clé en soi pour se rencontrer avec tolérance, compassion, et permet de prendre responsabilité pour regagner de la liberté dans nos actions, non plus dirigées par un système nerveux branché en mode survie en permanence et dérégulé, mais en retournant dans la vie ! Comprendre notre système nerveux nous permet de collaborer avec lui… avec gratitude.

« La Théorie Polyvagale
est la science qui consiste à se sentir
suffisamment en sécurité
pour tomber amoureux de la vie
et prendre le risque de vivre »


Deb Dana

La connexion

Deb Dana commence son livre « Ancré » en soulignant que l’être humain est câblé pour la connexion. La connexion… Le mot est loin d’être anodin pour parler du système nerveux. 

Lorsque nous visualisons notre système nerveux, nous voyons des neurones connectés les uns avec les autres et formant une grande constellation cérébrale. Il existe tout un système bien complexe de liens au sein du cerveau et également entre le cerveau et les différentes parties du corps, grâce aux nerfs. En outre, on sait aujourd’hui que des neurones se retrouvent aussi dans nos intestins et même dans notre coeur !

Nos trois centres : tête – coeur – ventre, communiquent et s’influencent mutuellement.

Et la beauté c’est que si dans notre corps, cela fonctionne en connexions multiples, il en est de même entre les Êtres Humains. Nous sommes câblés pour la connexion, corporellement et relationnellement ! C’est lorsque nous sommes en connexion avec d’autres Êtres que nous pouvons établir de la stabilité et de l’équilibre dans notre système  (entre autre nerveux) intérieur.

« Je suis humain
parce que j’appartiens
à un ensemble,
à la communauté,
à la nation,
à la tribu,
à la terre. » 


Desmond Tutu

Le Système Nerveux Autonome

Stephen Porges a développé la théorie Polyvagale dans les années 1990. Nous allons en explorer les concepts-clés. Apprivoiser la terminologie de la TPV est une étape nécessaire pour entrer dans la famille polyvagale 😉 Tu trouveras fulltitude de livres, mais aussi d’articles et de vidéos sur internet qui te permettront d’approfondir le sujet.

Le système nerveux autonome régule de façon autonome, c’est-à-dire automatique, les fonctions de nos organes internes : les battements de notre coeur, notre température interne, la digestion, la respiration, … Il stocke et libère l’énergie nécessaire au bon fonctionnement de l’organisme tout au long de la journée. Avoir un système nerveux autonome régulé permet de nous mouvoir en toute sécurité dans le monde, avec suffisamment d’énergie et de vitalité, au gré des expériences et des défis quotidiens.  

Et la bonne nouvelle c’est que nous pouvons modeler notre SNA et avoir un impact sur cette régulation.

Le système nerveux autonome est constitué :

  • du système nerveux parasympathique, principalement le nerf vague, qui est en réalité un long faisceau complexe de nerfs partant du tronc cérébral et parcourant le corps. Le nerf vague est ainsi relié à de nombreux organes.

L’apport majeur de la Théorie Polyvagale est de distinguer deux branches au niveau du nerf vague : la branche dorsale et la branche ventrale. Et cela change tout ! 🙂

  • et du système nerveux sympathique. Les nerfs spinaux constituent le système nerveux sympathique. Ce système de nerfs parcourt notre dos. 

Les différents états selon la Théorie Polyvagale

Nous allons établir la carte du système nerveux autonome en suivant la chronologie d’apparition de ses branches au sein des espèces animales et de l’espèce humaine, à savoir :

  1. Le vagal dorsal, appartenant au système nerveux parasympathique (en bas du schéma ci-dessous)
  2. Le système nerveux sympathique
  3. Le vagal ventral, l’autre branche du système nerveux parasympathique

1. Le Vagal Dorsal -> LA FERMETURE

Cette branche est apparue il y a environ 500 millions d’années.

C’est une branche primitive et ramifiée dont le lieu essentiel d’action se situe sous le diaphragme : cette branche participe principalement à la régulation de la digestion.

En mode survie, elle sert à s’immobiliser et se cacher pour échapper à un danger mortel. Un animal comme la tortue, qui peut difficilement se mouvoir, va utiliser ce système de survie. 

Chez l’Être Humain, ce système est toujours présent et va se manifester par un comportement de retrait, de fermeture, de déconnexion, d’immobilité, de dissociation, allant jusqu’à l’effondrement ou la dépression. Dans cet état de vagal dorsal, nous pouvons avoir l’impression de ne pas être réellement présent·e, et d’être ballotté·e par les événements sans se sentir réellement concerné·e. Notre énergie est ralentie au niveau digestif et nous en souffrons.

Disparaître, devenir invisible, transparent·e, ne pas ressentir, ne pas exister, constitue cet état de vagal dorsal, ce mode de survie adaptatif du système nerveux que nous adoptons sans que cela ne passe par notre conscience.

Considérer ces attitudes, ces sensations, et plus largement, la dépression ou le Burn-out, comme des stratégies adaptatives de survie change notre regard sur des états de notre système nerveux, habituellement considérés sous l’angle d’étiquettes psycho-pathologiques, n’est-ce pas ?

Nous pouvons aussi examiner que lorsqu’une expérience de danger extrême survient, comme par exemple une agression violente ou un viol, notre système nerveux autonome va basculer en mode vagal dorsal, sous l’angle de la Théorie Polyvagale. La victime ne réagit pas, elle est engourdie (physiquement et émotionnellement), figée, car le danger est perçu par le système nerveux comme inévitable et provoque une sorte de « mise hors tension » du corps. 

La mise en branle du système sympathique (explicité ci-dessous), c’est-à-dire le combat ou la fuite, n’est pas envisageable. Le passage en état vagal dorsal constitue donc une protection nécessaire du système nerveux par déconnexion en tentant de réduire l’impact du stress sur le corps. Le système nerveux inhibe certains fonctions physiques notamment pour prévenir une surcharge qui pourrait conduire à des problèmes graves comme une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral.

Il s’agit d’un réflexe archaïque de survie qui reste pour l’être humain une magnifique réaction qui protège d’un trop grand impact physique et psychologique. Le souci c’est lorsque l’on reste coincé dans cet état dissociatif, cet état dorsal. Il s’agit donc de revenir ensuite progressivement en vagal ventral, lorsque le danger est passé. C’est le fait de ne pas revenir en vagal ventral qui participe à la constitution du traumatisme !

2. Le Système Nerveux Sympathique -> L’ ACTIVATION

Le système sympathique est impliqué dans la régulation des systèmes cardiaque et respiratoire.

Il s’est développé il y a environ 400 millions d’années et permet le mouvement comme stratégie de survie via la lutte ou la fuite qui implique alors la mise en circulation dans notre corps d’hormones : l’adrénaline et le cortisol. 

L’adrénaline est libérée lorsque nous réagissons immédiatement à un événement dangereux surgissant soudainement : retenir la main d’un enfant qui veut traverser la rue alors qu’une voiture s’approche. Et des expériences de détresse persistantes dans le temps vont engager une réponse de libération de cortisol : un environnement de travail stressant ou vivre dans l’insécurité, une charge mentale continue et exigeante, tout cela pousse notre organisme à rechercher le calme. 

Lorsque nous sommes bloqués dans l’énergie de l’état sympathique, nous percevons autrui et le monde comme étant perpétuellement dangereux. Nous interprétons ce que nos sens nous présentent comme étant d’office des indices de danger. Nous sommes hypervigilant·e·s, à l’affût de la moindre menace et nous réagissons sur un mode agressif (lutte) ou un mode fuyant. L’énervement disproportionné, la colère intempestive qui nous assaille trop fréquemment, l’anxiété généralisée, sont autant de modes de réaction de survie qui témoignent d’un blocage dans l’état sympathique.

3. Le Vagal Ventral -> LA CONNEXION

Le Vagal Ventral constitue donc l’autre branche du système nerveux parasympathique et son domaine d’action se trouve au-dessus du diaphragme, innervant le larynx, le coeur, les poumons. 

La branche ventrale du nerf vague est apparue il y a 200 millions d’années environ. Ce sont les mammifères qui en sont dotés. Cette voie nous permet de nous sentir connectés à nous-mêmes, aux autres, au vivant et à Plus Grand. Nous nous sentons en sécurité, vivants, vibrants, et nous permet de communiquer, d’écouter réellement autrui. Nous sommes en vagal ventral lorsque nous partageons un moment en présence avec un proche ou lorsque nous nous sentons en lien avec notre animal de compagnie ou encore avec la nature lors d’une promenade. Dans cet état, notre rythme cardiaque et respiratoire sont régulés. Nous sommes reliés à nos ressources, nous pouvons explorer les possibilités qui s’offrent à nous, nous ne nous sentons plus bloqué·e·s dans une impasse ou une difficulté insurmontable. Notre champ de vision s’ouvre. Nous pouvons demander ou donner du soutien. Nous nous sentons centré·e·s et aligné·e·s.

Dans la seconde partie de cet article, nous découvrirons d’autres concepts de la TPV qui nous permettent d’approfondir la compréhension de notre système nerveux autonome.

Livres de référence :

« Ancré, Comprendre et réguler notre Système Nerveux », Deb Dana 

« Applications cliniques de la théorie polyvagale, L’émergence des thérapies polyvagales » Stephen Porges & Deb Dana

« Stimuler le nerf vague pour faciliter la guérison » Stanley Rosenberg

J’accompagne les femmes à se souvenir de qui elles sont… à intégrer leurs psychotraumatismes afin de se déployer pleinement.

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