Voici la seconde partie de l’article consacré à la Théorie Polyvagale ou TPV.
Sont présentés ici des concepts-clés permettant d’entrer davantage en amitié avec notre système nerveux autonome. Je vous conseille de lire d’abord la première partie de l’article afin de comprendre ce qui est exposé ici :-).
La flexibilité vagale

En rencontrant notre système nerveux autonome, nous devenons capables de suivre le flux continu entre action (système nerveux sympathique), repli (vagal dorsal) et connexion (vagal ventral)… Passer d’un état à l’autre avec souplesse, procure un sentiment de maitrise, de bien-être et permet de répondre, et non plus réagir, aux challenges de la vie.
La Théorie Polyvagale nous permet de détecter nos états et entrer en amitié avec notre système nerveux. Chaque état a sa raison d’être dans notre physiologie. Le souci est de rester bloqué·e dans un état alors que le danger a disparu ou n’est tout simplement pas présent dans l’instant.
La bien-nommée flexibilité vagale nous permet de repérer la facilité avec laquelle nous parvenons à naviguer d’un état à l’autre.
La Théorie Polyvagale va aussi nous fournir des pratiques de régulation qui vont nous permettre de remodeler en douceur notre système nerveux et nous ancrer dans la sécurité de notre système vagal ventral.
La hiérarchie ou l’échelle polyvagale
Comme nous l’avons vu, les 3 branches du système nerveux autonome se sont développées l’une après l’autre au cours de l’évolution. C’est ce qu’on appelle la hiérarchie autonome.
Pour rappel, le Vagal Dorsal est apparu il y a environ 500 millions d’années, le Sympathique, il y a environ 400 millions d’années et le Vagal Ventral, il y a environ 200 millions d’années.
Lorsque nous sommes confrontés à une situation challengeante que nous ne pouvons résoudre ou apaiser par la connexion et la communication avec autrui (vagal ventral), nous allons descendre au niveau inférieur de l’échelle polyvagale et passer du vagal ventral au sympathique, le lieu de la fuite ou de la lutte. Et si nous ne pouvons ni fuir ni lutter, nous allons continuer à descendre l’échelle d’un échelon et nous retrouver dans l’état de vagal dorsal, la fermeture et la déconnexion (comme dans une situation extrême d’agression violente ou de viol, décrite dans le paragraphe sur le vagal dorsal, partie 1/2).
Pour revenir dans la régulation et la sécurité de l’état de vagal ventral, il est intéressant de remarquer que c’est le même chemin que nous devons suivre, mais en sens inverse. Nous ne pouvons passer d’un état de vagal dorsal à un état de vagal ventral sans passer par le sympathique ! Si nous sommes dans un état d’effondrement (associé au vagal dorsal), nous allons devoir activer le système sympathique sans aller dans la lutte ou la fuite. Cela peut prendre différentes formes : partager un regard avec une personne, bouger le corps, même un tout petit peu, respirer autrement, aller marcher, simplement se lever du canapé et aller se servir un verre d’eau … pour pouvoir, dans un second temps, revenir dans un état de vagal ventral.

La neuroception
Stephen Porges a créé le mot de « neuroception » qui est la détection (inconsciente) par le système nerveux des signaux de danger ou de sécurité, qu’ils soient internes (battements du coeur, rythme de la respiration, …) ou externes (l’écoute de notre environnement extérieur) ou même intermédiaires (entre notre système nerveux et un autre système nerveux).
Cette écoute minutieuse des signaux de danger et de sécurité se fait à chaque instant et se situe en deçà de notre conscience ordinaire.
La neuroception, cette écoute fine, va nous autoriser à nous engager dans des relations avec autrui ou avec le monde ou, au contraire, va nous éloigner de cette mise en contact et en connexion. Dans ce dernier cas, nous serons en mode de protection et donc mobilisé·e·s en état sympathique de lutte ou de fuite ou démobilisé·e·s en état dorsal de fermeture.
La corégulation et l’autorégulation

Un nouveau-né est totalement dépendant de ses figures parentales. Il n’a pas la capacité physique et nerveuse pour satisfaire ses besoins physiologiques et émotionnels. La corégulation est nécessaire au tout petit pour acquérir de la sécurité dans ce monde. Il a besoin de ressentir une connexion secure avec des adultes de son entourage. La corégulation est nécessaire à la survie !
En grandissant, nous allons nous appuyer sur cette base solide de sécurité acquise par la corégulation pour découvrir et apprendre l’autorégulation, c’est-à-dire la capacité à se réguler par soi-même.
Cependant, même si nous apprenons à revenir dans un état vagal ventral seul·e, nous aurons toujours besoin de la présence d’autres Êtres et de corégulation. La corégulation reste un besoin essentiel à l’Être Humain. Elle est aussi un challenge car elle demande que nous soyons en réelle sécurité réciproque, l’un·e avec l’autre.
Par exemple, j’ai régulièrement besoin de me retrouver dans un café accueillant, où je me sens en sécurité, pour travailler sur mon ordinateur (et écrire cet article :-)) et ressentir l’énergie des personnes qui gravitent autour de moi. Un autre exemple est ce moment de la fin de journée où j’ai parfois besoin de partager avec un proche les petites choses qui me sont arrivées dans mon quotidien.
« À mesure que nous nous corégulons, nous nous sentons plus en sécurité dans l’espace et le temps dans lesquels nous nous trouvons. Nous devenons plus généreux envers les autres, plus accueillants et plus accessibles. »
Stephen Porges
Les états hybrides
Plus on s’intéresse à la TPV, plus on peut en percevoir la finesse.
La TPV suggère que nous pouvons nous situer à l’intersection de plusieurs états.

Ces états hybrides nous indiquent que l’on peut être ancré, stabilisé dans un état vagal ventral ET être à fois dans :
- l’état sympathique qui nous met en action. Cet état hybride nous amène à se prendre au jeu de l’activité physique, du sport, du mouvement dansé, avec un haut niveau d’énergie
- l’état vagal dorsal qui nous met au repos. Cet état hybride nous procure le calme et la tranquillité pour nous reposer, méditer, rêver, aller vers l’endormissement.
Un état qui mêle le sympathique et le vagal dorsal mène au figement tonique. Notre système nerveux appuie simultanément sur la pédale d’accélérateur (le sympathique) et la pédale de frein (le vagal dorsal).
Existe-t-il un état qui mêle l’activation des 3 branches du système nerveux autonome de façon concomitante ?
Il y a une façon de réagir à la menace relationnelle, qui s’établit en général dans l’enfance, et qui est décrite par le psychologue Pete Walker comme « the Fawning Response ».
C’est une réponse adaptative de soumission, d’hyperadaptation à l’autre, pouvant aussi être nommée « servitude acquise » ou « People Pleasing ».
L’enfant doit survivre dans une situation où une figure parentale, dont il dépend, est à la fois figure d’attachement et menace pour son intégrité. L’enfant se sur-adapte à son parent en s’oubliant.
Cette solution adaptative de survie trouverait son origine dans le vagal dorsal : il y a immobilisation, retrait, dissociation et gel de ses propres sensations, de ses émotions. Se développerait ensuite une hypervigilance aux signaux de détresse du parent (le système sympathique est mobilisé) afin de prévenir les besoins du parent et ne pas subir ses foudres. L’enfant se soumet, se sur-adapte via des comportements qui vont plaire au parent. Certains considèrent ici que le système vagal ventral est impliqué car il y a possibilité pour l’enfant de participer à la relation… Mais il s’agit d’une stratégie de survie plutôt qu’un engagement social en état de sécurité.
Synergies entre l’IFS et la TPV
Les liens se font aisément entre le modèle de l’Internal Family Systems (voir article de blog sur l’IFS) et celui de la Théorie Polyvagale. Ces deux modèles se rencontrent et se renforcent mutuellement.
En effet, l’état sympathique est en lien avec les parties protectrices managers qui agissent (système d’activation), lorsqu’elles sont dérégulées, avec autorité, rigidité, et peuvent nous amener à attaquer ou à fuir, en considérant le monde comme dangereux.
L’état vagal dorsal est en lien avec les parties protectrices pompiers qui veulent nous éviter la souffrance en nous anesthésiant (système de fermeture).
Lorsque nous sommes en état vagal ventral, nous vivons depuis l’espace du Self (le Soi),en sécurité, en confiance, dans le calme, en connexion et compassion envers nos parties, les autres et le monde.
Unir l’IFS et la TPV nous encourage à plonger encore plus profondément dans l’accueil, la bienveillance, l’amitié, la compassion, pour les états de notre système nerveux (concept de la TPV), et pour les parties de notre système intérieur (concept de l’IFS).

« Lorsque la sécurité est manifeste, le corps joue le rôle de plate-forme de la guérison. La théorie polyvagale ne dit pas autre chose. »
Stephen Porges
Conclusion
La Théorie Polyvagale fournit une grille de compréhension de l’impact du système nerveux autonome sur la régulation de nos émotions, sur le stress, sur la réponse face au danger et à la peur, sur l’intégration des traumas et sur notre capacité à nouer des relations.
La régulation de notre système nerveux autonome (le nerf vague et le système nerveux sympathique) permet de retrouver la sécurité intérieure, le calme, la confiance et d’harmoniser nos relations à nous-même, aux autres et à la vie.
En 2024, un article scientifique, publié dans le Journal of Applied Psychology, conclut que les interventions thérapeutiques fondées sur la Théorie Polyvagale peuvent avoir un effet significatif dans le traitement des troubles psychologiques (1)
Livres de référence :
« Ancré, Comprendre et réguler notre Système Nerveux », Deb Dana
« Applications cliniques de la théorie polyvagale, L’émergence des thérapies polyvagales » Stephen Porges & Deb Dana
« Stimuler le nerf vague pour faciliter la guérison » Stanley Rosenberg


J’accompagne les femmes à se souvenir de qui elles sont… à intégrer leurs psychotraumatismes afin de se déployer pleinement.
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